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l’Express - Ugo Giguère - Mai 2009 - Combattre l’homophobie, chaque jour

Au milieu de sa forêt de St-Alphonse-de-Granby, c’est un homme chaleureux et paisible qui nous ouvre sa porte. Jean-Paul Tessier respire la simplicité et la candeur, mais pourtant, il porte sur lui une grande cause. Chaque jour, l’auteur et éditeur mène son combat contre l’homophobie.

 

Gardangeois de naissance, notre sujet d’entrevue hebdomadaire a passé toute sa vie entre Granby, Farnham et Marieville. Passionné par les études, il emprunte la voie de la religion pour pouvoir continuer son cheminement.

Il entre donc chez les Frères du Sacré-Cœur à Granby, où il a la chance d’étudier aussi longtemps qu’il le souhaite. Cette vie en communauté, même entourée de nombreux garçons, ne parvient pas à lui faire reconnaître son orientation.

« Tout le monde savait autour de moi que j’étais gai…, mais moi je ne savais même pas ce que c’était que l’homosexualité ! », avoue-t-il sans cacher qu’il mise toujours sur une certaine naïveté.

Il n’a découvert son orientation sexuelle qu’à la mi-trentaine, un peu après avoir quitté la vie religieuse et la communauté des Frères du Sacré-Cœur. Jean-Paul Tessier confie même avoir reçu la visite de plusieurs autres ex-Frères  par la suite qui lui ont aussi révélé leur homosexualité.

 

Tragédie

Jusqu’à l’âge de 50 ans, M. Tessier mène sa carrière dans l’enseignement. Partout où il passe, son ouverture et sa gentillesse font de lui un confident parfait pour les élèves. « Beaucoup d’étudiants avaient confiance en moi et quand on peut le faire, c’est déjà beaucoup de les écouter les jeunes », souligne-t-il.

Une série de tragédies est d’ailleurs à l’origine de ses premières publications. « À l’intérieur de deux semaines, j’ai appris qu’au moins dix de mes anciens élèves s’étaient suicidés », révèle M. Tessier.

L’un d’entre eux a inspiré l’histoire d’une trilogie de romans, dont le premier titre se nomme « François le rêve suicidé ». Une première charge dans son combat face à une société homophobe qui torture bon nombre de jeunes garçons.

 

Homme d’affaires

Bien installé dans le fond de sa forêt alphonsoise, l’enseignant à la retraite met sur pied les Éditions de la Paix en 1986. Depuis, plus de 300 titres ont paru sous cette étiquette.

Au dire de son ami Kerry Summers, l’éditeur ne quitte que très rarement l’écran de son ordinateur. Passionné par sa seconde carrière, Jean-Paul y investit tout son temps et son énergie. Lui-même écrit encore pour son plaisir.

Quand on parle d’homme d’affaires c’est qu’il n’y a pas que l’édition dans ses dossiers. Depuis les années 80, Jean-Paul Tessier accueille des gens dans son havre de paix. Un gîte bien spécial où règne la quiétude. «  Une vie presque monastique », décrit M. Tessier.

Pour la deuxième saison, Kerry Summers gère aussi une galerie d’art à l’intérieur du gîte. Un autre projet de soutien à la communauté gai, puisque ce sont des artistes homosexuels qui sont invités à exposer leurs œuvres. Un vernissage aura d’ailleurs lieu le 30 mai entre 13h et 17h.

 

4♂

Toujours dans la veine anti-homophobie, les Éditions de la Paix prévoient lancer un nouvel ouvrage sur la cause. Pierre Pelletier, auteur diplômé de philosophie, psychologie et théologie qui enseigne à l’UQAM, tente d’expliquer ce qui motive l’homophobie.

« On sait que c’est souvent de l’insécurité et de la peur, mais il est bien plus spécialisé que moi pour parler du sujet ! », mentionne l’éditeur Jean-Paul Tessier.

Intitulée « 40 », avec un symbole masculin à la place du 0, la plaquette de 120 pages fait référence à l’adoption de la loi Omnibus en 1969. C’est par cette disposition que la Chambre des Communes à décriminalisé l’homosexualité.

L’ouvrage devrait être disponible en août et Jean-Paul Tessier espère bien qu’il puisse aider à faire un pas de plus dans son combat. « Je veux l’offrir aux écoles en complément au cours d’Éthique et culture religieuse », avance-t-il.

 

Fondation

Pour mener encore plus loin la lutte à l’homophobie, Jean-Paul Tessier souhaitait mettre sur pied une fondation. Toutefois, à la suite de discussions avec d’autres groupes de pression qui se battent contre l’homophobie, il a plutôt choisi d’appuyer l’organisme Émergence.

Situé à Montréal, ce groupe milite déjà fortement pour le respect des gais et lesbiennes. Afin d’ajouter sa contribution, Jean-Paul Tessier souhaite éventuellement léguer son petit coin de paradis en nature à la fondation.

Il aimerait que son gîte devienne un outil de plus pour soutenir les homosexuels qui en ont besoin.

 

Amélioration

La cause pour le respect et la reconnaissance des gais et lesbiennes n’est pas gagnée. Mais Jean-Paul Tessier reconnaît que la situation progresse. « Ça s’est toujours amélioré d’année en année, mais il y a toujours des gens qui acceptent les gais, mais pour qui ce n’est pas de gaieté de cœur », croit-il.

Sans se défiler, il parte ouvertement de nombreux événements d’intolérance dont il est victime. Ricanements, sifflements et autres comportements de basse altitude intellectuelle sont encore répandus dans la société québécoise en 2009.

Comme quoi, il reste encore bien du chemin à faire pour que les œillères tombent.

 

 

Le blogue d’Ugo Giguère

 

 

 

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