Les Versants du Mont-Saint-Bruno - Saïd Mahrady - Mai 2006 - Du bon pain chaud, et de blé entier
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Du bon pain chaud, et de blé entier
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« Nous sommes québécois francophones, peu importe le pays d’où nous venons. Au moins francophones en puissance pour certains. Nous avons ce petit air d’ailleurs, et de plus en plus coloré sur notre esquif européen en Amérique. Il faut savoir nager : sept millions de francophones dans une mer de 300 millions d’anglophones. Mais nous avons de bonnes rames! »Â
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Une introduction qui donne le ton et renseigne sur la personnalité de Jean-Paul Tessier, auteur et éditeur aux Éditions de la Paix, situées à Saint-Alphonse-de-Granby. Homme de paix, de gauche, indépendantiste il va sans dire, Jean-Paul Tessier, à l’instar de ses prédécesseurs, abonnés nés à la langue française, s’amuse avec les mots en utilisant des images pour finalement leur donner plus d’un sens. Une motivation vivante qui a fait naître Les insolences d’un éditeur et du même coup souligné le 20e anniversaire des Éditions de la Paix.
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Puisant dans des citations des Jean Chrétien et autres, des réflexions et faits rapportés, Jean-Paul Tessier en tire « des jeux de mots, des classiques galvaudés, un sottisier, (et) comment embêter les anglophones..»
L’amoureux du verbe, scandalisé par l’affront asséné à la langue, devient ironique, « insolent », au pire cinglant. S’amuser est donc un antidote qui prend dans certaines pages l’allure d’un pamphlet. « Je ne me suis pas autocensuré. j’y suis allé avec mon coeur et comme je suis, c’est-à -dire, simplement et directement. L’ironie et l’humour sont ma marque de commerce », dira-t-il. La maîtrise du français aidant, le reste, en effet, doit couler de source.
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« Dès mon jeune âge, je trouvais agréable la lecture. Nous en étions privés parce qu’on était dans la grande pauvreté pour la majorité d’entre nous, je crois. Dès qu’un écrit me tombait entre les mains, je le dévorais, le relisais. Nous n’avions pas de télévision, mais une radio. On parlait bien à l’époque et les humoristes s’exprimaient bien. C’était d’excellents communicateurs, » L’enfant d’alors inscrivait, sur des petits cartons, les mots nouveaux, des belles phrases. Sa curiosité trouva dans la langue de Molière ce qu’il fallait pour l’assouvir. C’est comme si un pacte était signé entre lui et sa langue. « j’ai commencé à écrire à l’école. j’étais meilleur et on me citait en exemple; ça aide à aimer le français. »
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Jean-Paul Tessier est originaire de l’Ange-Gardien de Rouville. Il a été professeur pendant trente ans, ce qui l’amena à fonder sa maison d’édition, aujourd’hui riche de près de 350 écrits, de différents genres littéraires, notamment une collection jeunesse bien prisée. L’homme de 67 ans a déjà écrit quatre ouvrages dont les trois premiers sont une trilogie François, le rêve suicidé, Francis, l’âme prisonnière, Michel, le grand-père et l’enfant (1986-1989). L’Ère du Versant!, publié en 1991, a été écrit pour le plaisir, mais est teinté de mordant. Plus sensible aux difficultés d’autrui, l’auteur ne manque pas l’occasion de lever le ton. En outre, de par sa fonction privilégiée d’éditeur, il bénéficie d’un meilleur recul, ce qui lui permet d’avoir un regard panoramique sur la société,
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Son dernier livre, Les Insolences d’un éditeur, concentré en 130 pages, est, pour les amoureux de la langue française, comme un petit pain chaud, et de blé entier. Il y a matière à assouvir sa faim et rehausser le goût du palais. « La langue est l’instrument privilégié de la liberté », dira Pierre Bourgault, à qui l’auteur oppose, pour cette question cruciale de l’avancement du français, une citation décapante de Pierre Légaré : « On a décidé d’avoir la vitesse du plus lent et l’intelligence du plus épais. » Entre les deux, il y a tout de même Georges Dor (« Passer du bafouillage au langage. »). ou Gilles Vigneault (« Le français, au Québec, n’est pas une langue châtiée, c’est une langue punie. » Ce qui amène l’auteur à lancer : « Nous avons une langue qui a de la gueule! Montrons-la… »
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C’est connu, le français n’est pas une langue facile à maîtriser; sa grammaire rigoureuse et ses nombreux pièges en découragent plus d’un. Et on ne parle pas ici de L’utilisation du passé du subjonctif! « Ça prend de la motivation. C’est une langue complexe à cause de la quantité de mots qui en fait une langue très particulière, très précise. Le français est la langue de la diplomatie, de la philosophie et de la poésie. Sa beauté mérite qu’on l’apprenne même si c’est difficile», souligne-t-il en confiant qu’il regrette de n’avoir pas été assez exigeant à l’égard de la qualité du français quand il était professeur.
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Pour Jean-Paul Tessier, le français est partie prenante de l’avenir du Québec. À ce chapitre, il évoque le référendum de 1995, « la grande plaie à guérir », « à cause des puissances d’argent et des votes ethniques », écrit-il. II ajoutera entre parenthèses « air connu ». « Qu’on pense à une certaine ethnie dans la région de Québec qui aurait dû voter à 70 % pour le oui, mais qui a à peine dépassé les 50 % », tient-il à rappeler.
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Invité à expliquer pourquoi les Québécois montrent qu’ils adorent l’eau mais n’aiment pas se mouiller, Jean-Paul Tessier rit au bout du fil, et reprenant l’entrevue sur un ton grave, il rappelle comment le Québec a été traumatisé par la conquête de 1759, et par « le maintien dans l’ignorance systématique ». « Nous étions noyés par des immigrants anglophones, pour nous empêcher d’avoir du travail et des terres à cultiver. » L’éditeur et écrivain est revenu également sur les révoltes et pendaisons des années 1840, ainsi que sur le poids « écrasant » de la religion.
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Cependant, la question nationale n’est pas nécessairement l’objet de son livre. Elle est un rappel au fil de l’écriture qui, elle, ratisse large pour nous laisser jusqu’à la dernière page un goût suave dans la bouche.
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